Export et équilibre de la filière bois

Pourquoi l'export des grumes est plus que jamais nécessaire à la bonne gestion de nos forêts et à l'équilibre de la filière bois?

Quel avenir pour nos forêts avec l'entrée en vigueur au 1er juillet 2016 des instructions phytosanitaires de la DGAL du 31/03/2016 qui- en raison de l'impossibilité d'obtenir un certificat phytosanitaire- interdiront toute exportation de grumes ? 

Constat n°1 : La forêt française est sous-exploitée

La forêt française - qui couvre 31% de notre territoire - est sous-exploitée en raison :

  • De son « extrême morcellement » : 75% des forêts appartiennent à 3,3 millions de propriétaires forestiers et « les revenus qui y sont attachés demeurent trop faibles » pour mobiliser « l’intérêt de leur propriétaire » et les inciter à effectuer les investissements nécessaires à une saine gestion,

  • De l’inadéquation entre la majorité des espèces recensées (60% de feuillus – 40% de résineux) et la demande en bois pour les marchés les plus porteurs, à savoir la construction.

 

L’inévitable baisse des cours - qu’entrainera l’arrêt des exportations et l’absence d’acheteurs de remplacement pour les bois exportés - ne fera qu’aggraver une situation déjà inquiétante.

Faute de prix suffisants, les propriétaires privés arrêteraient de vendre leur bois.

Leurs forêts se dégraderaient, ce qui entrainerait par ricochet une dévalorisation importante de leur patrimoine.

La priorité est de motiver par des prix attractifs les propriétaires de forêts pour qu’ils réorientent la gestion du domaine sylvicole vers les vrais besoins des transformateurs, ce que seul permet l’exportation de grumes de qualité secondaire.

 

Constat n°2 : Les grumes exportées n’intéressent pas les scieries françaises

Les grumes exportées n’entrent pas dans les sources d’approvisionnement des scieries françaises car elles sont :

 

  • Soit de qualité inférieure (chênes),

  • Soit de trop gros diamètres (résineux),

  • Soit pour les autres essences (frênes, hêtres ou peupliers) délaissées par les transformateurs.

 

A contrario, les achats effectués par les exportateurs, en cas de crise climatique (comme la tempête de 1999), permettent d’évacuer des bois devenus inutilisables en France et d’éviter ainsi  un effondrement des prix.

 

Les achats des exportateurs garantissent au quotidien une gestion équilibrée des forêts en :

  • Réservant aux scieries et aux industriels du bois des grumes de qualité supérieure à fort rendement,

  • Permettant d’évacuer des forêts des bois abattus qui, sans les achats des exportateurs, resteraient sur place.

 

Le désintérêt des scieurs français pour les grumes exportées (dont ils n’ont pas l’utilisation) ne manquera pas d’entrainer un effondrement immédiat des cours,

Faute d’acheteurs pour les lots hétérogènes contenant des essences destinées à l’export, l’ONF se verra contrainte de les retirer à la vente ; ce qui la privera  de ressources complémentaires appréciables (les exploitants forestiers et les exportateurs vont cesser d’acheter des bois pour lesquels ils n’ont pas l’assurance de disposer de certificats phytosanitaires).

Constat n°3 : Les bois français exportés restent très faiblement liés aux importations de produits transformés

Plus de 80% des grumes exportées sont utilisées pour couvrir des besoins indigènes et ne reviennent en aucune façon, en France, sous forme de produits transformés.

 

Si la part des produits transformés (issus des importations de bois français) qui revient en France reste limitée, elle provient en grande majorité des sciages que nous exportons; les grumes rentrant pour une moindre part dans les importations de produits finis en provenance de Chine.

Alors que les importations de meubles contribuent pour 2 milliards d'euros à 30% de la part de la filière bois dans le déficit du commerce extérieur, aucun des meubles fabriqués n'est issu de grumes françaises exportées.

L’arrêt de nos exportations de grumes bénéficierait immédiatement aux Pays de l’Est, sans ralentir pour autant les importations de parquets étrangers vers la France.

Les instructions techniques de la DGAL réglementant l’obtention d’un certificat phytosanitaire, au prétexte de (mal) protéger les produits transformés français,  vont interdire – dans la mesure où elles sont irréalistes et irréalisables –  les exportations de grumes et accroître en retour le déficit de la filière bois et par contrecoup celui de notre balance commerciale en la privant des 2 milliards de ressources actuelles (la valeur annuelle des exportations de grumes).

 

Constat n°4 : L’exportation de grumes représente 10 000 emplois et n’en détruit aucun

Estimées à un peu plus d’un millier d’entreprises (essentiellement des TPE et des PME), les sociétés d’exploitation forestière et les professions annexes (bûcherons, débardeurs, experts forestiers  et gestionnaires de forêts, société de traitement parasitaires) intervenant en forêt en amont de la filière bois emploient 10 000 salariés, auxquels s’ajoutent les transporteurs routiers, les transitaires et les employés portuaires, soit au total près de 15 000 personnes.

L’arrêt des exportations de grumes françaises – faute de pouvoir obtenir de certificat phytosanitaire -

entrainera le 1er juillet 2016 la cessation d’activité de 1000 entreprises et la destruction de 10 000 emplois, sans parler de la perte de 77 000 conteneurs pour les ports français (dont 40 000 pour le Havre et 7 000 pour Brest) et une réduction de 50 milliards du C.A. des transporteurs routiers ;  qui se traduira la encore par des faillites et des pertes d’emplois en cascade.

 

Tout en réclamant avec force l’arrêt des exportations, les gros scieurs français font preuve d’une inconséquence grave car ils n’ont cessé depuis 5 ans de vendre aux exportateurs français les bois de qualité inférieure qu’ils entendent aujourd’hui interdire, et ont eux –mêmes contribué si l’on suit leur raisonnement à détruire des emplois.

    Loin de détruire des emplois et de provoquer une hausse des prix des bois, l'exploitation forestière et l'export qui en

   découle:

    Garantissent plus de 10 000 emplois,

    Assurent des débouchés à des bois de qualité inférieure ou des essences délaissées qui ne trouveraient pas preneur,

    Constituent un complément de ressources appréciable tant pour les propriétaires privés que pour l'ONF,

    Permettent une gestion harmonieuse de nos forêts,

    Contribuent pour 2 milliards d'euros à la réduction du déficit de la filière bois et de notre balance commerciale.